Le gouvernement met un terme à plus de 20 ans d’incertitudes et de tergiversations

31-05-2016
Maggie De Block

Le 23 mai dernier, le texte du projet de loi réglementant l’accès à la psychothérapie a été déposé par la Ministre de la Santé, Maggie De Block.  Ce 13 juin, le gouvernement a adopté ce texte.   Dorénavant, seuls les médecins, les psychologues et les orthopédagogues cliniciens pourront pratiquer dans le domaine. Pour Koen Lowet, Administrateur Délégué de la Fédération Belge des Psychologues (FBP), c’est une bonne nouvelle car cela va permettre au secteur de la santé mentale, en crise depuis un moment, de se réinventer et d’évoluer favorablement pour le bien-être de nos concitoyens..

 « La Ministre De Block a mis fin à un débat vieux de 20 ans », estime Koen Lowet.

Une approche médicale de la psychothérapie ?

Certains critiquent cette loi en prétextant  qu’elle ne prend en compte qu’une approche médicale de la psychothérapie. Pour K. Lowet, cela n’a aucun sens. « Je ne comprends pas les personnes qui soutiennent cette thèse.  Qu’est-ce que cela signifie, « une approche médicale » ? Pour nous, la psychothérapie est une spécialisation, avec ses propres recherches, une littérature scientifique qui lui appartient et qu’il faut maitriser pour pouvoir l’exercer. Le choix qu’a fait la Ministre est d’assurer que seules les personnes formées scientifiquement puissent exercer. La psychologie clinique et la psychothérapie sont deux sciences encore jeunes, elles évoluent très vite et il faut être capable de suivre, de maintenir ses connaissances à niveau. »

Un autre élément qui est fondamental c’est que le public aura un accès direct aux psychologues cliniciens et aux psychothérapeutes, sans devoir passer par une prescription du médecin.   « Ce n’était pas évident  et c’est une grande victoire pour le Fédération Belge des Psychologues car cela garanti également l’indépendance du psychologue clinicien », insiste Johan Parisse, Président de la FBP.

Deux axes principaux

La réforme de la psychothérapie comporte deux axes principaux :

  1. Établir de nouveaux critères pour les jeunes qui souhaitent à l’avenir entamer une formation de psychologue clinicien ou de psychothérapeute.
  2. Mettre en place des mesures transitoires pour permettre aux personnes qui pratiquent déjà la psychothérapie de continuer à la pratiquer.

 

« La profession de psychothérapeute en tant que telle n’existe pas, c’est un réel souci. Cette spécialisation est accessible à tous. N’importe qui peut suivre une quelconque formation et se revendiquer psychothérapeute, avec tous les dangers et dérives que cela peut comporter. Pour le bien de nos concitoyens, il fallait mettre fin à cette situation. Hélàs le secteur est divisé par rapport à ce problème.  Cependant la ministre a pris ses responsabilités et décidé. A terme, cela permettra au secteur de trouver sa cohérence et d’avancer », précise J. Parisse.

Quid des formations actuelles ?

Actuellement, la formation en psychothérapie dure 3 à 4 ans après le Master (5 années d’université pour les psychologue cliniciens).  « Avec les psychiatres, les psychothérapeutes seront les professionnels de la santé mentale les mieux formés », explique K. Lowet.  Jusqu’à présent les personnes n’ayant pas de Master sont formés dans divers organismes privés, parfois à raison d’une ou deux soirées par semaine, voire quelques week-ends par an. « C’est ce genre d’organismes qui pose problème. Les formations coûtent souvent très cher et la qualité de l’enseignement n’est pas reconnue. Bien entendu, tous ces organismes ne sont pas à mettre dans le même sac, certains dispensent de très bonnes formations, mais il n’est pas toujours facile de faire le tri».

Que dit la loi ?

Avant que Maggie De Block ne modifie le texte de loi, c’était au Conseil Fédéral que revenait la charge d’agréer les instituts de formation en psychothérapie. Cependant, en pratique, la matière relevait des Communautés (depuis le 6ème réforme de l’Etat et la séparation des pouvoirs) et le Conseil Fédéral ne pouvait donc exercer cette compétence. La Ministre a dès lors accordé la pleine compétence aux Communautés d’agréer elles-mêmes les instituts de formation en psychothérapie. « Pour l’instant, ce n’est pas encore la priorité des Communautés… On peut donc imaginer que dans le futur, certains instituts se lieront aux universités pour dispenser leur enseignement », explique K. Lowet. Le SPF Santé Publique devrait aussi établir une liste des psychothérapeutes reconnus et agréés par le gouvernement.

Une phase transitoire

Cette loi ne va pas remplacer les psychothérapeutes du jour au lendemain.  Il existe aujourd’hui d’excellents psychothérapeutes qui exercent rigoureusement  leur art.  Il n’est pas question qu’il disparaissent ou se réorientent.  Une phase transitoire va permettre à tous ceux qui exercent déjà de faire valoir leur pratique et de demander une reconnaissance officielle. 

Une loi tournée vers l’avenir pour le bien des personnes en souffrance psychologique.

La Belgique était quelque peu à la traîne des nations européennes dans le domaine de la psychologie.  La Fédération Belge des Psychologue, qui fait partie de la « European Federation of psychologists’ Association »(EFPA), considère que nous sommes maintenant dans la bonne moyenne des législations européennes.  Johan Parisse : « Nous soutenons cette loi car elle va permettre à nos concitoyens d’accéder à des soins de meilleure qualité grâce à des professionnels bien formés et bien encadrés et à une législation qui les protège réellement. »

 

Koen Lowet est psychologue clinicien et Administrateur Délégué de la FBP.

Johan Parisse est psychologue clinicien et du travail, il est l’actuel président de la FBP.

 

Cet article était basé sur une interview réalisé pour « Le Guide Social » et publié sur leur site le 14 juin dernier

 

 
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