La loi sur les professions de santé mentale : volet psychologie clinique

Le volet de la psychologie clinique a toujours été l’objectif principal des psychologues. Il était de première importance que le psychologue clinicien soit enfin reconnu comme professions de la santé indépendante et autonome. C’est maintenant chose faite dans la nouvelle loi sur les professions de santé mentale. Nous nous arrêtons ci-dessous sur le volet de la psychologie clinique.

 

Une profession autonome

Le psychologue clinicien sera reconnu dans le cadre du chapitre 1 de l'arrêté royal n° 78, à côté du médecin, du pharmacien et du dentiste, comme prestataire de soins de santé autonome. Le texte stipule : « Par exercice de la psychologie clinique, on entend l'accomplissement habituel d'actes autonomes ayant pour objet ou présentés comme ayant pour objet, à l'égard d'un être humain et dans un cadre de référence scientifiquement étayé de psychologie clinique, la prévention, l'examen, le dépistage ou l'établissement du psychodiagnostic de souffrances psychiques ou psychosomatiques, réelles ou supposées, et la prise en charge ou le soutien de cette personne ».

Qu'est-ce que cette définition signifie sur le terrain ? Tout d'abord, ce sont les mots « actes autonomes » qui comptent. Cela signifie que personne ne peut dire au psychologue clinicien comment il ou elle doit travailler. La discussion entre le médecin et le psychologue à ce sujet est donc aplanie. 

Que pouvons-nous faire exactement désormais ? La définition est très large et permet au psychologue clinicien de faire ce à quoi il a été formé. Nous pouvons faire de la prévention, du psychodiagnostic (y compris poser un diagnostic psychologique !), mais aussi de l’accompagnement et du traitement de la souffrance psychique et psychosomatique. C’est très important, puisque le domaine de la psychothérapie ne sera pas tout à fait réservé aux psychologues et aux psychiatres.

Qu’en est-il des collègues psychologues de la santé ? La délimitation de la « population de patients » est effectuée sur la base de la souffrance psychique ou psychosomatique. Il ne s'agit pas de la totalité du patient présentant une plainte somatique, ce que regretteront évidemment ceux parmi nous qui s’occupent principalement de psychologie de la santé. Il faut comprendre que, lors des négociations avec les collègues médecins, il n’a pas été possible d'obtenir l’autonomie de procurer des soins psychologiques cliniques à l’ensemble de la population de patients. Toutefois, le terme «psychosomatique» peut être interprété de façon très large.

 

Qui entre en considération pour la reconnaissance comme psychologue clinicien ?

Contrairement à la loi de 1993 qui protège le titre de psychologue, cette reconnaissance ne sera pas liée à des diplômes. La proposition de loi actuelle prévoit un cadre, avec des critères généraux qui devront être complétés par le Conseil fédéral de la psychologie clinique et de l’orthopédagogie clinique. Ces critères généraux sont le fait d’avoir suivi une formation de master en 5 ans au minimum dans le domaine de la psychologie clinique, y compris un stage dans le domaine de la psychologie clinique.

 

Les programmes qui peuvent assurer une formation en psychologie clinique et les stages qui seront considérés comme stages dans le champ de la psychologie clinique feront l'objet de discussions au sein du Conseil fédéral de la psychologie clinique et de l’orthopédagogie clinique.

 

Dans l'attente de cette décision, le législateur a prévu, à la demande de notre Fédération, des mesures transitoires pour tous les psychologues, à condition qu'ils puissent prouver une expérience professionnelle pertinente de trois ans dans le domaine de la psychologie clinique. C'était important pour nous, car il s'agit d'une nouvelle loi qui clarifie l'avenir (en effet, la loi n’entrera en vigueur qu'en 2016). On ne peut pas reprocher aux collègues d’avoir travaillé dans le passé dans le secteur des soins de santé, même s’ils n'ont reçu aucune formation de base en psychologie clinique. Il fallait donc trouver une solution pour eux.

 

Qu'en est-il des orthopédagogues cliniciens ?

Grâce au soutien de la FBP, les orthopédagogues ont eux aussi obtenu une reconnaissance séparée, mais sans structures distinctes. Il s’agit de la reconnaissance de la profession d’orthopédagogue "clinicien", non de la profession de "d’orthopédagogue" par analogie avec la psychologie clinique. Pour répondre aux aspirations de la Ministre, la définition de l’orthopédagogie clinique a été légèrement modifiée. Il fallait une distinction nette avec le psychologue clinicien, si l'on voulait une reconnaissance séparée. Ainsi, il n'est pas question de psychodiagnostic ou de traitement de la souffrance psychologique ou psychosomatique. Tout ce volet sera exclusivement réservé aux psychologues cliniciens. Le domaine de l’orthopédagogie clinique porte sur les problèmes d’éducation, de comportement, de développement et de la formation des personnes. 

 

Le Conseil fédéral de la psychologie clinique et de l’orthopédagogie clinique

Un Conseil fédéral de la psychologie clinique et de l’orthopédagogie clinique sera institué. Il aura pour mission de donner au ministre qui a la Santé publique dans ses attributions des avis en toutes matières relatives à l'exercice de la psychologie clinique ou à l'exercice de l'orthopédagogie clinique. Ce Conseil s’occupera également de spécifier les critères de reconnaissance. Ceux-ci seront utilisés par une commission d’agrément qui, à la suite de la 6e Réforme de l’Etat, sera organisée par les Communautés.

 

Le Conseil fédéral sera composé de :

  • 8 psychologues cliniciens occupant des fonctions académiques en la matière, délégués par les universités, 4 francophones et 4 néerlandophones ;
  • 8 psychologues cliniciens pratiquant de manière effective la psychologie clinique, délégués par les associations professionnelles représentatives, 4 francophones et 4 néerlandophones ;
  • 2 orthopédagogues cliniciens occupant des fonctions académiques en la matière, délégués par les universités, 1 francophone et 1 néerlandophone ;
  • 2 orthopédagogues cliniciens pratiquant de manière effective l’orthopédagogie clinique, délégués par les associations professionnelles représentatives, 1 francophone et 1 néerlandophone ;
  • 2 médecins-psychiatres, délégués par les associations représentatives.

 

A première vue, la composition du conseil semble déséquilibrée. Cependant, la proportion de psychologues cliniciens par rapport aux orthopédagogues cliniciens est équitable et proportionnelle à la réalité du terrain. La FBP comprend toutefois que cela représente une certaine inquiétude pour les orthopédagogues et assure aux collègues que les psychologues n’ont en aucune façon l'intention de s’ingérer dans les matières qui relèvent exclusivement des orthopédagogues.

 

Globalement, la FBP est satisfaite du volet de la psychologie clinique qui nous donnera de larges pouvoirs, nous permet d’exercer notre travail comme nous y avons été formés et offre des pouvoirs similaires à ceux de nos collègues européens et internationaux.

 

 

 
Communiquez cet avis
Deel dit bericht